Pour le quatrième mois consécutif, le Taux moyen du Marché Monétaire (TMM) maintient une stabilité parfaite. Un calme plat qui précède la réunion très attendue du Conseil d'administration de la Banque Centrale de Tunisie (BCT) prévue ce mercredi.

Les acteurs économiques et financiers naviguent en terrain connu en cette fin de mois. Selon les dernières données officielles de la Banque Centrale de Tunisie (BCT), le TMM s'est établi à 6,99 % pour le mois de mai 2026.
Ce chiffre confirme une stagnation rigoureuse observée depuis maintenant quatre mois, reflétant une phase d'attentisme sur le marché monétaire.
Quatre mois de statu quo monétaire
Cette régularité parfaite à 6,99 % montre que le marché s'est calé sur le rythme imposé par la politique actuelle de l'institut d'émission. Pour les entreprises et les particuliers ayant des crédits à taux variable, cette stabilité offre une visibilité à court terme, à défaut d'un allègement du coût du crédit.
Elle traduit également un équilibre temporaire entre les liquidités bancaires et les besoins de refinancement du système. Toutefois, ce statu quo pourrait bien vivre ses derniers jours de tranquillité.
Le Conseil d'administration du 3 juin, l'heure des choix
Selon des informations concordantes, les projecteurs sont désormais braqués sur le mercredi 3 juin 2026. C'est à cette date que le Conseil d'administration de la BCT doit se réunir pour sa session périodique consacrée à la politique monétaire.
L'ordre du jour sera crucial : décider du maintien ou de l'ajustement du taux directeur de la banque, le principal levier qui influence directement le TMM et, par ricochet, l'ensemble des taux d'intérêt de la place.
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Plusieurs facteurs pèseront dans la balance des décideurs. En effet, la BCT devra évaluer si les pressions sur les prix à la consommation se stabilisent ou si des risques de surchauffe persistent. Ainsi, un taux directeur élevé protège la monnaie et freine l'inflation, mais il pèse sur l'investissement.
En outre, les orientations des grandes banques centrales mondiales et l'état des réserves de change tunisiennes feront aussi partie de l'équation.
Entre prudence et attentes de relance
La communauté financière est partagée. D'un côté, les partisans de la prudence estiment que la BCT devrait maintenir son taux directeur inchangé pour consolider les acquis de la lutte contre l'inflation.
De l'autre, les opérateurs économiques espèrent un signal de détente, une baisse des taux, pour redonner de l'air à l'investissement privé et stimuler une activité économique en quête de dynamisme.
La décision de mercredi sera le premier grand signal monétaire de ce milieu d'année 2026. Par conséquent, trois grands scénarios se dessinent pour les membres du Conseil lors de cette réunion.
Scénario 1 : Le statu quo, le plus probable
C'est l'option de la continuité et de la prudence. La BCT observe que le TMM est à son plus bas niveau depuis juin 2022 (6,99 %) et que l'inflation est sur une trajectoire globalement maîtrisée (prévue autour de 5,4 % en moyenne).
Le Conseil pourrait ainsi juger qu'il est encore trop tôt pour relâcher davantage la garde, notamment à cause des tensions géopolitiques mondiales et régionales qui font peser des risques permanents sur les prix à l'importation.
Scénario 2 : L'assouplissement, l'option de la relance
Après avoir abaissé le taux à 7 % en début d'année, la BCT pourrait décider d'enclencher une deuxième vitesse pour donner un coup de fouet à l'économie. Hors agriculture, la croissance tunisienne montre des signes de fatigue (notamment dans le textile et l'énergie).
Il s'agit alors d'envoyer un signal fort de soutien aux investisseurs privés et aux PME tunisiennes, en allégeant le coût du capital pour stimuler la création d'emplois et la production locale.
Dans ce cas, le TMM briserait son plancher des quatre derniers mois pour glisser sous la barre des 6,75 %. Cela réduirait immédiatement les mensualités des crédits à taux variable et redonnerait un peu d'air au pouvoir d'achat et à l'investissement. Le risque ? Un réveil potentiel de la demande et donc de l'inflation.
Scénario 3 : Le resserrement, l'option "gendarme"
Un relèvement du taux directeur ne serait envisagé qu'en cas de mauvaise surprise sur le front des prix ou d'une dégradation brutale des équilibres extérieurs.
Si les données de la BCT montrent une explosion de l'économie du cash ou une pression excessive sur les réserves de change qui menacerait la stabilité du dinar, le TMM repasserait instantanément au-dessus des 7%.
Ce serait ainsi un coup dur pour le moral des opérateurs économiques, rendant le crédit plus cher et gelant de nombreux projets d'extension d'entreprises.
In fine, le choix du 3 juin viendra dire si l'institut privilégie la sécurité absolue ou s'il prend le pari d'accompagner la relance économique.
Omar EL Oudi
Publié le 01/06/26 09:22




