Confronté à des difficultés financières et à une pression sur ses marges, Daher accélère sa stratégie de délocalisation industrielle vers le Maroc pour restaurer sa rentabilité.
Le groupe français Daher, spécialisé dans les services industriels et les équipements aéronautiques, a décidé de transférer une part significative de sa production de pièces destinées aux avions Airbus vers le Maroc.
Cette réorganisation, engagée depuis plusieurs mois, s'inscrit dans le cadre du plan interne " Edge ". Structuré autour de plusieurs volets opérationnels, ce programme vise à redresser la performance de Daher Industrie, l'une des six entités du groupe.
L'objectif affiché est de réorienter une partie des activités industrielles vers des zones plus compétitives, notamment pour les pièces métalliques simples et à faible valeur ajoutée. En France, le site de Tarbes rencontre en effet des difficultés à maintenir sa rentabilité sur ce type de production, réalisée en grande série.
Le plan se décline en deux projets principaux, avec une mise en œuvre progressive d'ici fin 2027. Le premier prévoit de confier la fabrication d'environ un millier de références de pièces de faible complexité à des sous-traitants implantés au Maroc.
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Le second consiste à transférer l'assemblage de revêtements de sous-sections composites et métalliques destinés aux programmes Airbus A320, A330 et A350 vers le site marocain de Daher à Tanger.
Selon le groupe, cette réorganisation devrait permettre un retour sur investissement en trois ans, portée notamment par un coût de main-d'œuvre estimé jusqu'à trois fois inférieur au Maroc.
Un recentrage industriel dicté par les contraintes économiques
Le groupe français Daher traverse depuis plusieurs exercices une période d'instabilités financières et industrielles, qui explique en partie les choix de réorganisation engagés aujourd'hui.
La branche Daher Industries, qui concentre une part importante des activités de production, apparaît comme le maillon le plus fragile du groupe. Selon plusieurs sources industrielles et syndicales, elle aurait enregistré des pertes de l'ordre de plusieurs dizaines de millions d'euros en 2025, faisant du site de Tarbes l'un des plus exposés du réseau industriel en France.
Cette situation fragilise l'équilibre global d'une entité pourtant proche d'un chiffre d'affaires d'environ 1,9 milliard d'euros et employant plus de 14 000 salariés.
Plusieurs facteurs structurels expliquent ces difficultés. D'abord, la rentabilité insuffisante de certaines activités historiques, notamment la production de pièces aéronautiques simples et en grande série, soumises à une forte pression sur les prix.
Ensuite, un outil industriel jugé vieillissant dans certains sites français, en particulier à Tarbes, où les équipements et systèmes de production sont parfois considérés comme obsolètes ou insuffisamment modernisés, ce qui pèse sur la productivité et les délais.
À ces fragilités internes s'ajoute un contexte plus large de tension dans la filière aéronautique européenne. La hausse des coûts des matières premières, de l'énergie et de la main-d'œuvre, combinée à la pression des grands donneurs d'ordres comme Airbus pour réduire les coûts de production, a fortement comprimé les marges des sous-traitants industriels.
Dans ce cadre, plusieurs acteurs du secteur ont été contraints de revoir leur organisation industrielle afin de rester compétitifs.
C'est dans ce contexte que le Maroc apparaît comme une alternative stratégique. Le pays s'est imposé ces dernières années comme un marché aéronautique qui évolue à grande vitesse. Le différentiel de coût de main-d'œuvre, estimé jusqu'à trois fois inférieur à celui de la France, constitue l'un des principaux leviers de cette réorientation.
Jihen Mkehli
Publié le 01/06/26 07:48




