Le Comar d'Or de 2026 se distingue comme une année record, tant par le volume de romans en compétition que par la diversité des profils de ses auteurs. Réunie le vendredi 22 mai, l'équipe organisatrice a profité de ce trentième anniversaire pour ouvrir un débat sur le manque de rayonnement international de la littérature tunisienne.
Lotfi Ben Haj Kacem, Directeur Général de COMAR Assurances
Le prix littéraire du " Comar d'Or fonctionne cette année comme le reflet d'une culture en mouvement. Réunie ce vendredi 22 mai 2026 pour lancer sa 30e édition, l'équipe organisatrice a ouvert les coulisses d'une session qui bouscule les habitudes.
En marge des chiffres records, la rencontre a surtout donné lieu à un débat franc et direct sur un défi de taille : pourquoi nos romans, malgré leur grande qualité, peinent-ils encore à s'exporter ?
Quand les professionnels volent la plume aux universitaires
Cette année, la compétition frôle un cap historique avec près de 100 romans en lice, dont 59 en arabe et 33 en français. Pour mesurer le chemin parcouru, il faut se souvenir qu'en 1997, la toute première édition comptait à peine une vingtaine d'ouvrages au total.
Pour Ridha Kéfi, membre du jury, la littérature tunisienne n'est plus réservée à un cercle fermé d'universitaires ou de journalistes. Le roman s'est démocratisé et s'est invité dans le quotidien de profils très variés, comme il l'explique : " La tendance actuelle montre une rupture très claire, le roman n'est plus l'apanage de l'élite traditionnelle. Nous assistons à une offensive d'auteurs issus de milieux professionnels diversifiés, tels que des ingénieurs, des médecins, des avocats, des diplomates et des hauts fonctionnaires. "
Cette ouverture apporte un lien direct avec la réalité, nourri d'expériences vécues. Mais elle donne aussi du fil à retordre aux jurés, contraints par un règlement strict qui n'autorise que trois prix par langue, les obligeant à écarter des textes pourtant formidables.
Le défi de l'exportation
Derrière ces chiffres encourageants, la question du rayonnement international reste entière. Mohamed Kadi, président du jury pour la langue arabe, a expliqué que la présence du roman tunisien sur la scène arabe demeure " timide ", même si la traduction ouvre quelques portes à l'échelle mondiale. Pour lui, ce manque de visibilité n'a aucun rapport avec le talent ou la créativité de nos écrivains. Il a tenu à préciser ce point important
" Le nœud du problème ne réside aucunement dans la valeur intrinsèque ou esthétique de la production tunisienne. Nos textes possèdent toutes les compétences et qualités requises pour prétendre à l'universalité. Le blocage se situe au niveau des facteurs périphériques. "
Le président du jury pointe du doigt un système à bout de souffle. Des stratégies marketing inexistantes, la galère chronique pour dénicher des traducteurs littéraires de haut niveau, et surtout, le manque audacieux d'éditeurs locaux. Rares sont ceux qui acceptent de déposer l'argent sur la table pour financer de vraies campagnes de promotion à l'étranger. " Le livre tunisien naît grand, mais il voyage petit ".
Une relève prometteuse qui attend son heure
Cette année 2026 se distingue particulièrement, tant par la quantité que par la qualité des œuvres proposées. Avec un record absolu de 59 manuscrits déposés en langue arabe, la compétition montre une vitalité culturelle indéniable.
Outre ces statistiques impressionnantes, c'est surtout l'arrivée massive de nouvelles plumes et de jeunes auteurs qui retient l'attention. Ces visages frais bousculent positivement les habitudes de la scène littéraire et s'imposent comme une relève ambitieuse, capable de renouveler les thématiques de la fiction tunisienne.
Réunis lors de la table ronde organisée à la veille de la cérémonie de remise des prix, les participants ont tous partagé ce même constat. Ils ont longuement échangé sur le potentiel de cette nouvelle génération qui ne demande qu'à franchir les frontières. Les intervenants ont insisté sur le fait que le talent et la créativité sont bel et bien là.
Pour que ces œuvres conquièrent le public international, il ne manque plus qu'un véritable sursaut logistique et un engagement plus fort des structures d'édition et de diffusion pour propulser ce patrimoine hors des frontières.
Jihen Mkehli
Publié le 24/05/26 20:39




